L’eczéma atopique touche aujourd’hui près de 20% des enfants et 3% des adultes dans les pays industrialisés, faisant de cette dermatose inflammatoire chronique un véritable enjeu de santé publique. Si les dermocorticoïdes constituent depuis des décennies le traitement de première intention, de nombreux patients constatent une réapparition rapide des lésions à l’arrêt du traitement. Cette récidive frustrante soulève une question essentielle : pourquoi la peau réagit-elle ainsi après une apparente amélioration ? Comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents permet d’adopter une stratégie thérapeutique plus efficace et durable.

Cette problématique du rebond post-cortisonique interpelle autant les dermatologues que les patients, qui se retrouvent parfois piégés dans un cycle d’applications répétées sans véritable résolution du problème de fond. La clé réside dans une approche globale qui dépasse le simple traitement symptomatique pour s’attaquer aux causes profondes de l’inflammation cutanée.

Le mécanisme du rebond cortisonique : comprendre l’effet rebond post-traitement

Le phénomène de rebond après l’arrêt des corticostéroïdes topiques représente une réalité clinique bien documentée, touchant particulièrement les patients souffrant de dermatite atopique. Ce mécanisme complexe implique plusieurs processus physiologiques interconnectés qui expliquent pourquoi votre peau réagit parfois plus violemment qu’avant le traitement.

La suppression de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien par les corticostéroïdes topiques

L’application prolongée de dermocorticoïdes, particulièrement ceux de classe III et IV, peut induire une suppression de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS). Cet axe régule la production naturelle de cortisol par les glandes surrénales. Lorsque vous appliquez régulièrement des corticoïdes externes, votre organisme perçoit un apport suffisant et réduit progressivement sa propre production hormonale. Cette adaptation physiologique devient problématique lors de l’arrêt brutal du traitement : la peau se retrouve soudainement privée de tout effet anti-inflammatoire, qu’il soit endogène ou exogène.

Des études montrent qu’une absorption systémique peut survenir même avec des applications localisées, particulièrement sur les zones à peau fine comme le visage ou les plis. Cette absorption varie selon plusieurs facteurs : la puissance du corticoïde, la surface traitée, la durée d’application et l’intégrité de la barrière cutanée. Une peau lésée par l’eczéma absorbe davantage le principe actif qu’une peau saine, amplifiant potentiellement cet effet de suppression.

L’atrophie épidermique induite par les dermocorticoïdes de classe III et IV

L’utilisation prolongée de corticostéroïdes puissants provoque un amincissement progressif de l’épiderme et du derme. Ce phénomène d’atrophie cutanée résulte de l’inhibition de la synthèse du collagène et de la prolifération des kératinocytes. Votre peau devient plus fragile, plus vulnérable aux agressions extérieures et moins capable de maintenir son rôle de barrière protectrice. Cette fragilisation structurelle favorise la pénétration d’allergènes et d’irritants, créant un terrain propice aux nouvelles poussées inflammatoires.

L’at

pophagie épidermique n’est pas seulement un effet secondaire cosmétique : elle participe directement au risque de poussée à l’arrêt. Lorsque le corticoïde est stoppé, cette peau affinée se retrouve « nue », sans défenses. Elle laisse alors passer plus facilement allergènes, polluants, détergents ou variations de température, ce qui réactive l’inflammation sous-jacente. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains patients ont l’impression que « tout les irrite » après plusieurs cures de dermocorticoïdes puissants.

Cette atrophie reste en grande partie réversible si l’on diminue progressivement la puissance et la fréquence d’application, tout en renforçant la barrière cutanée avec des émollients adaptés. Cependant, sur des zones fragiles comme les paupières, les organes génitaux ou les plis, elle peut persister plusieurs mois. D’où l’importance de réserver les classes III et IV aux poussées sévères, sur des durées limitées, et sous contrôle médical.

La tachyphylaxie cutanée : perte d’efficacité des molécules cortisonées

Un autre mécanisme impliqué dans le retour de l’eczéma après cortisone est la tachyphylaxie, c’est-à-dire la diminution progressive de la réponse de la peau à une même molécule. Au début du traitement, quelques jours de crème suffisent à éteindre l’inflammation. Mais après des semaines ou des mois d’utilisation répétée, vous pouvez constater que les plaques mettent plus de temps à s’apaiser, ou ne répondent plus aussi bien.

Sur le plan biologique, la tachyphylaxie s’explique par une adaptation des récepteurs aux glucocorticoïdes présents dans les cellules cutanées. Exposés en continu, ces récepteurs se raréfient ou deviennent moins sensibles. Résultat : il faut augmenter la dose, la puissance ou la durée pour obtenir le même effet anti-inflammatoire, ce qui entretient un cercle vicieux de cortisone toujours plus forte. À l’arrêt, la peau, habituée à cette « béquille » pharmacologique, se retrouve brusquement sans soutien et réagit par une poussée parfois plus intense.

Cette perte d’efficacité apparente ne signifie pas forcément que « la cortisone ne marche plus », mais qu’elle n’est plus utilisée dans des conditions optimales. Introduire des pauses, changer de molécule, ou surtout combiner avec d’autres familles thérapeutiques permet souvent de restaurer une meilleure réponse, tout en réduisant le risque de rebond.

Le syndrome de sevrage aux corticostéroïdes et la dermatite de rebond

Au-delà du simple rebond inflammatoire, certains patients décrivent un tableau beaucoup plus sévère, appelé syndrome de sevrage aux corticostéroïdes ou Topical Steroid Withdrawal (TSW). Il s’agit d’une entité encore débattue dans la littérature scientifique, mais qui correspond à des éruptions érythémateuses, brûlantes, parfois suintantes, survenant après l’arrêt brutal de dermocorticoïdes puissants utilisés au long cours, souvent sur le visage.

Dans ces situations, la peau devient rouge vif, œdématiée, avec une sensation de « brûlure » permanente, des bouffées de chaleur et parfois une extension des lésions à des zones non traitées auparavant. On parle alors de dermatite de rebond. Les études disponibles suggèrent que ce syndrome survient majoritairement chez des femmes, après des mois ou années d’utilisation quotidienne d’un corticoïde de classe II à IV, en particulier sur des zones fines. Sa fréquence réelle reste faible, mais l’impact sur la qualité de vie peut être majeur.

Il est essentiel de ne pas confondre ce tableau avec une poussée classique d’eczéma, une dermatite de contact ou une infection cutanée. Seul un dermatologue expérimenté pourra trancher et proposer une stratégie de sevrage adaptée : arrêt progressif, relais par des inhibiteurs de calcineurine, prise en charge de la douleur et du prurit, soutien psychologique. Le message clé reste le même : éviter autant que possible l’arrêt brutal d’un traitement cortisoné puissant appliqué quotidiennement pendant de longues périodes.

Les facteurs immunologiques responsables de la récidive eczémateuse

Si l’effet rebond post-cortisone explique en partie le retour des lésions, il ne faut pas oublier que la dermatite atopique est avant tout une maladie immunologique chronique. En d’autres termes, la cortisone éteint le feu… mais le bois continue de brûler en profondeur. Comprendre ce qui se passe au niveau du système immunitaire permet de mieux accepter que l’eczéma puisse revenir, même après un traitement bien conduit, et de mettre en place des stratégies pour espacer durablement les poussées.

Le déséquilibre des cytokines th2 : interleukine-4, IL-5 et IL-13

La dermatite atopique est caractérisée par une réponse immunitaire de type Th2 exagérée. Les lymphocytes T auxiliaires de type 2 produisent en excès des cytokines comme l’interleukine-4 (IL-4), l’IL-5 et l’IL-13. Ces molécules pro-inflammatoires orchestrent toute une cascade de réactions : production d’IgE, activation des éosinophiles, recrutement de cellules inflammatoires dans la peau. Même si la cortisone vient bloquer temporairement cette cascade, le « terrain » Th2 reste présent.

Imaginez un robinet d’eau chaude (les cytokines Th2) que l’on ferme en mettant un bouchon provisoire (le dermocorticoïde). Tant que le bouchon est là, l’eau ne coule plus, mais la pression dans la tuyauterie continue de monter. Au retrait du bouchon, le flux repart parfois plus fort qu’avant. C’est exactement ce qui se passe lors d’un arrêt brutal de cortisone sur un terrain immunologique toujours déséquilibré. D’où l’intérêt des biothérapies ciblées, comme le dupilumab, qui viennent agir directement sur ces cytokines pour modifier plus durablement le profil inflammatoire.

La dysfonction de la barrière cutanée et mutation du gène de la filaggrine

Sur le plan structurel, la peau atopique présente un défaut majeur de barrière. L’une des protéines clés impliquées est la filaggrine, indispensable à l’agrégation des filaments de kératine et à la formation d’un stratum corneum compact. Des mutations du gène de la filaggrine (FLG) sont retrouvées chez 20 à 50% des patients selon les études, et augmentent significativement le risque de dermatite atopique sévère et précoce.

Quand cette barrière est « trouée », l’eau s’évapore plus facilement (perte insensible en eau augmentée), la peau se dessèche, se fissure, et devient perméable aux allergènes, irritants, polluants et micro-organismes. Même si la cortisone calme l’inflammation, elle ne corrige pas cette fragilité de base. Dès que le traitement est stoppé et que les agressions du quotidien se poursuivent (eau calcaire, froid, lessives irritantes, frottements), l’eczéma trouve un terrain idéal pour réapparaître.

C’est pourquoi une stratégie efficace contre les rechutes ne peut pas se limiter aux médicaments anti-inflammatoires. Elle doit impérativement inclure une restauration quotidienne de la barrière cutanée par des émollients riches en céramides, acides gras essentiels et agents humectants. En quelque sorte, la crème hydratante est votre « ciment » cutané, et la cortisone l’extincteur à n’utiliser qu’en cas de flammes.

La prolifération des staphylocoques aureus et les superantigènes bactériens

Un troisième acteur souvent sous-estimé dans la récidive eczémateuse est le microbiome cutané. Chez 70 à 90% des patients atteints de dermatite atopique, la peau est massivement colonisée par Staphylococcus aureus, même en l’absence d’infection clinique. Cette bactérie produit des toxines appelées superantigènes qui peuvent activer de manière non spécifique un grand nombre de lymphocytes T, amplifiant considérablement la réponse inflammatoire.

Autrement dit, plus la peau est colonisée par le staphylocoque, plus elle entretient elle-même l’inflammation et le prurit. La cortisone, en réduisant la rougeur et le grattage, peut temporairement diminuer cette colonisation, mais ne rééquilibre pas durablement le microbiote cutané. À l’arrêt, si la barrière reste abîmée et les soins émollients insuffisants, S. aureus reprend rapidement le dessus, favorisant une nouvelle poussée.

Dans certains cas, notamment en présence de suintements, de croûtes miellicoles ou de fièvre, un traitement antibiotique local ou général peut être nécessaire. Mais au long cours, ce sont surtout les mesures de base (émollients, limitation des irritants, gestion du grattage) qui permettront de limiter la colonisation pathologique et de réduire le risque de récidive.

L’hyperréactivité des mastocytes et la dégranulation d’histamine

Enfin, il ne faut pas oublier le rôle des mastocytes, ces cellules immunitaires riches en granules d’histamine et autres médiateurs inflammatoires. Dans la peau atopique, ils sont plus nombreux et plus réactifs. Au moindre stimulus – chaleur, grattage, stress, contact avec un allergène – ils peuvent dégranuler massivement, libérant histamine, tryptase et cytokines.

Cette dégranulation se traduit cliniquement par des démangeaisons explosives, un érythème et parfois un œdème des plaques eczémateuses. La cortisone vient freiner cette hyperréactivité, mais ne la supprime pas. À l’arrêt, surtout si le stress est important ou si les facteurs irritants persistent, les mastocytes peuvent à nouveau s’emballer et relancer la machine inflammatoire. C’est l’une des raisons pour lesquelles un anti-histaminique peut parfois être utile en complément, notamment en période de rebond, pour casser le cercle vicieux démangeaison–grattage–inflammation.

Les alternatives thérapeutiques aux corticostéroïdes pour prévenir les rechutes

Face à ces mécanismes complexes, vous vous demandez peut-être : est-il possible de traiter l’eczéma sans cortisone, ou du moins en en dépendant moins ? La bonne nouvelle, c’est que ces dernières années ont vu l’émergence de nombreuses alternatives, tant locales que systémiques, qui permettent de mieux contrôler la maladie et de réduire le risque de rebond après corticoïdes.

Les inhibiteurs topiques de la calcineurine : tacrolimus et pimécrolimus

Les inhibiteurs de la calcineurine, comme le tacrolimus (Protopic®) et le pimécrolimus (Elidel®), sont des immunomodulateurs topiques qui agissent directement sur l’activation des lymphocytes T. Contrairement aux dermocorticoïdes, ils n’entraînent pas d’atrophie cutanée, ce qui en fait des alliés précieux pour les zones fragiles (visage, paupières, plis, organes génitaux) et pour un usage prolongé.

Leur mode d’action consiste à bloquer la calcineurine, enzyme clé dans la production de cytokines pro-inflammatoires. En pratique, ils permettent de maintenir la peau en rémission après une poussée traitée par cortisone, dans le cadre d’un schéma dit proactif : application 2 à 3 fois par semaine sur les zones habituellement atteintes, même en l’absence de lésions visibles. Cette stratégie a montré une nette réduction du nombre et de la sévérité des rechutes.

Les premières applications peuvent provoquer une sensation de brûlure ou de chauffe, surtout sur une peau très inflammatoire. Cette gêne est généralement transitoire et diminue en quelques jours. Là encore, l’accompagnement par un professionnel de santé, l’explication du plan de traitement et une bonne hydratation en parallèle sont essentiels pour favoriser l’adhésion et éviter l’abandon prématuré.

Les inhibiteurs de JAK : baricitinib, upadacitinib et abrocitinib en traitement systémique

Pour les formes modérées à sévères de dermatite atopique, qui rechutent rapidement malgré une prise en charge locale optimale, de nouveaux traitements systémiques sont disponibles : les inhibiteurs de JAK (Janus kinases). Molécules comme le baricitinib, l’upadacitinib ou l’abrocitinib agissent en bloquant des voies de signalisation intracellulaire communes à plusieurs cytokines impliquées dans l’eczéma (IL-4, IL-13, IL-31, etc.).

Ces traitements par voie orale permettent de réduire rapidement le prurit, l’étendue des lésions et la fréquence des poussées. Ils offrent une option intéressante lorsque les dermocorticoïdes et les traitements topiques ne suffisent plus, ou lorsque les effets secondaires des corticoïdes généraux sont problématiques. Leur utilisation nécessite toutefois une surveillance stricte (bilan sanguin régulier, évaluation du risque thrombo-embolique, suivi infectieux), et ils ne sont pas indiqués chez tous les patients.

En agissant en amont sur les voies de signalisation, les inhibiteurs de JAK contribuent à stabiliser le terrain immunologique. Ils peuvent ainsi réduire la dépendance aux corticoïdes, limiter les phénomènes de tachyphylaxie et prolonger les périodes de rémission, à condition d’être intégrés dans une stratégie globale (émollients, éviction des irritants, soutien psychologique).

Le dupilumab : biothérapie anti-IL-4 et anti-IL-13 pour l’eczéma modéré à sévère

Le dupilumab (Dupixent®) est la première biothérapie spécifiquement développée pour la dermatite atopique modérée à sévère. Il s’agit d’un anticorps monoclonal dirigé contre le récepteur commun de l’IL-4 et de l’IL-13, deux cytokines clés de la réponse Th2. En bloquant ce récepteur, le dupilumab réduit fortement l’inflammation de type Th2, le prurit et les lésions cutanées.

Administré par injections sous-cutanées toutes les deux semaines, il a montré dans les essais cliniques une réduction significative des poussées, une amélioration de la qualité de vie et une diminution de la consommation de dermocorticoïdes. De nombreux patients rapportent enfin sortir du « yo-yo cortisonique » qu’ils vivaient depuis des années. Les principaux effets indésirables sont des conjonctivites, des irritations oculaires et parfois des réactions au site d’injection, généralement gérables.

Le dupilumab ne remplace pas les soins de base (émollients, hygiène adaptée), mais vient modifier le terrain immunitaire de fond. En stabilisant la réponse Th2, il diminue la probabilité de rebond violent à l’arrêt d’un corticoïde local et permet d’envisager des schémas de décroissance beaucoup plus confortables.

Les émollients à base de céramides et acides gras essentiels pour restaurer la barrière cutanée

On pourrait croire que les crèmes hydratantes relèvent du « confort » plus que du traitement. C’est tout l’inverse dans l’eczéma atopique. Les émollients, surtout ceux enrichis en céramides, cholestérol et acides gras essentiels, participent directement à la restauration de la barrière cutanée. Ils comblent les « trous » entre les cellules cornées, réduisent la perte en eau et limitent la pénétration d’allergènes.

Des études ont montré qu’une application quotidienne d’émollients de qualité, dès la naissance chez les nourrissons à risque, pouvait réduire l’incidence de la dermatite atopique. Chez l’enfant comme chez l’adulte, l’hydratation régulière permet d’espacer les poussées et de réduire la quantité de dermocorticoïdes nécessaire au long cours. On parle parfois de « corticothérapie épargneuse » grâce aux émollients.

Concrètement, il est recommandé d’appliquer l’émollient au moins une fois par jour sur l’ensemble du corps, et deux fois par jour en période de sécheresse ou de froid. Vous pouvez le voir comme votre « traitement de fond » non médicamenteux, autour duquel viennent se greffer, si besoin, cortisone, inhibiteurs de calcineurine ou biothérapies.

Le protocole de décroissance progressive des dermocorticoïdes

Maintenant que nous avons vu pourquoi l’eczéma revient après la cortisone et quelles alternatives existent, reste une question pratique majeure : comment arrêter la cortisone sans déclencher un effet rebond ? La réponse tient en un mot : progressivité. La décroissance doit être structurée, anticipée et accompagnée.

La stratégie du traitement proactif versus réactif dans la dermatite atopique

Traditionnellement, on utilisait les dermocorticoïdes de manière réactive : on attendait la poussée, on appliquait le corticoïde jusqu’à disparition des lésions, puis on arrêtait tout. Ce schéma en « tout ou rien » est l’un des grands responsables des cycles de flare–rebond. Les recommandations actuelles privilégient une approche proactive.

Concrètement, après avoir obtenu la rémission clinique (plus de rougeur, de suintement, de grattage important), on ne stoppe pas immédiatement le traitement. On poursuit une application du dermocorticoïde ou d’un inhibiteur de calcineurine deux fois par semaine sur les zones habituellement atteintes, en complément de l’émollient quotidien. Ce « traitement d’entretien » a montré une réduction significative du nombre de poussées et de la quantité totale de cortisone utilisée sur l’année.

Cette approche exige de changer de regard : il ne s’agit plus de « guérir une crise », mais de gérer une maladie chronique, comme on le ferait pour l’asthme ou le diabète. Vous ne traitez pas seulement ce que vous voyez à la surface, vous agissez en profondeur pour stabiliser la peau sur le long terme.

L’espacement graduel des applications : du quotidien au bihebdomadaire

Sur le plan pratique, un protocole de décroissance peut ressembler à ceci (à adapter toujours avec votre dermatologue) : phase aiguë avec application quotidienne, voire biquotidienne, du dermocorticoïde jusqu’à disparition de l’inflammation visible ; puis passage à une application un jour sur deux pendant une à deux semaines, tout en renforçant l’hydratation ; ensuite, application deux fois par semaine pendant plusieurs semaines.

Ce passage progressif du quotidien au bihebdomadaire laisse le temps à la peau de « reprendre la main » sans être brusquée. Le derme et l’épiderme reconstruisent leurs structures, l’axe HHS se rééquilibre, les récepteurs aux glucocorticoïdes se resensibilisent. En parallèle, l’utilisation intensive d’émollients limite la sécheresse réactionnelle, et les zones à risque sont surveillées de près.

Il est fréquent que quelques petites plaques réapparaissent au cours de cette décroissance. Plutôt que de revenir à une application généralisée, on cible alors ces zones quelques jours, tout en maintenant le schéma de fond. Cette flexibilité, encadrée par des règles claires, permet d’éviter les montagnes russes thérapeutiques.

La rotation entre corticoïdes de puissance différente pour minimiser les effets secondaires

Un autre levier pour réduire le risque de rebond et les effets secondaires est la rotation des dermocorticoïdes selon leur classe de puissance. Par exemple, on peut débuter une poussée sévère avec un corticoïde de classe III sur les zones les plus inflammatoires, puis relayer au bout de quelques jours par un corticoïde de classe II, voire I, avant de passer au traitement proactif ou à un inhibiteur de calcineurine.

Cette stratégie de « dégressivité en escalier » évite de laisser la peau brutalement sans anti-inflammatoire. Elle respecte davantage la physiologie cutanée, limite l’atrophie et diminue la probabilité de tachyphylaxie. Elle est particulièrement utile sur le visage, les paupières, le cou et les plis, où la tolérance aux corticoïdes puissants est moindre.

La rotation peut aussi se faire entre différentes molécules de même classe, en fonction de la tolérance individuelle, des préférences de texture (crème, pommade, lotion) et des saisons. L’essentiel est d’avoir un plan clair, écrit, partagé entre vous et votre médecin, pour ne pas naviguer à vue au gré des poussées.

Les facteurs aggravants à éliminer pour éviter les poussées récurrentes

Même avec le meilleur protocole de cortisone et les traitements les plus innovants, l’eczéma reviendra si les facteurs déclenchants du quotidien ne sont pas pris en compte. Vous avez sans doute déjà repéré certains d’entre eux : chaleur, sueur, stress, lessives parfumées, frottements des vêtements synthétiques… Les identifier et les limiter fait partie intégrante de la prévention des rechutes.

Parmi les facteurs aggravants majeurs, on retrouve :

  • Les irritants chimiques : savons classiques, gels douche moussants, shampoings agressifs, produits ménagers, désinfectants alcoolisés répétés. Ils altèrent la barrière cutanée et entretiennent la sécheresse.
  • Les allergènes environnementaux : acariens, pollens, poils d’animaux, moisissures, parfois certains cosmétiques ou bijoux. Chez certains patients, une prise en charge allergologique (tests cutanés, conseils d’éviction) peut réduire nettement la fréquence des crises.

D’autres éléments jouent un rôle important : le stress chronique, le manque de sommeil, une alimentation très transformée et riche en sucres rapides, le tabac, l’alcool, ou encore un surpoids associé à un état inflammatoire de bas grade. Aucun de ces facteurs ne « crée » l’eczéma à lui seul, mais ils peuvent être les étincelles qui allument la poudrière.

Agir sur ces leviers demande souvent un accompagnement : éducatrice en santé, diététicien, psychologue, médecin du travail, etc. L’objectif n’est pas la perfection, mais de réduire la charge globale d’agressions subies par votre peau. Moins elle est sollicitée, moins elle aura besoin de « réclamer » la cortisone pour se défendre.

L’approche intégrative : microbiome cutané et modulation du système immunitaire

Pour finir, une piste de plus en plus explorée pour limiter le retour de l’eczéma après cortisone est celle de l’approche intégrative. Elle consiste à ne plus considérer la peau isolément, mais comme le reflet d’un équilibre global entre microbiome cutané, microbiote intestinal, système immunitaire, état hormonal et environnement psycho-émotionnel.

Sur le plan cutané, des travaux récents montrent que la diversité bactérienne est réduite dans l’eczéma, au profit du Staphylococcus aureus. Restaurer un microbiome plus riche pourrait donc participer à la prévention des rechutes. Des émollients enrichis en prébiotiques ou postbiotiques, des cures thermales dermatologiques, ou encore des protocoles de « gentle skincare » limitant au maximum les produits irritants, vont dans ce sens.

Du côté du microbiote intestinal, certaines études suggèrent un lien entre dysbiose, perméabilité intestinale et maladies inflammatoires cutanées. Sans promettre de « guérir l’eczéma par l’intestin », travailler sur l’alimentation (fibres, oméga-3, limitation des ultra-transformés), voire utiliser des probiotiques ciblés, peut contribuer à moduler en douceur la réponse immunitaire de fond.

Enfin, la gestion du stress et des émotions, via la sophrologie, la méditation, l’activité physique adaptée ou un accompagnement psychothérapeutique, est loin d’être un détail. Le système nerveux et le système immunitaire dialoguent en permanence. Un organisme en état de tension chronique sécrète davantage de médiateurs pro-inflammatoires, ce qui rend la peau plus réactive et plus dépendante à la cortisone.

En combinant ces différents leviers – thérapeutiques médicamenteux modernes, protocole de décroissance bien pensé, élimination des facteurs aggravants et soutien global du terrain – il devient possible de sortir progressivement du cycle infernal « poussée–cortisone–rebond ». Vous ne pourrez peut-être pas supprimer totalement la cortisone, mais vous pouvez, avec un accompagnement adapté, en faire un outil ponctuel au service de votre peau, et non une béquille permanente dont vous craignez chaque arrêt.