# Appendicite chez l’enfant : les symptômes à reconnaître d’urgenceL’appendicite représente l’une des urgences chirurgicales les plus fréquentes en pédiatrie, touchant environ 7 à 8% des enfants avant l’âge adulte. Cette inflammation aiguë de l’appendice vermiculaire nécessite une reconnaissance rapide pour éviter des complications potentiellement fatales. Chaque année, près de 90 000 appendicectomies sont réalisées en France, dont une proportion importante concerne les enfants et adolescents entre 10 et 19 ans. La particularité pédiatrique réside dans la difficulté diagnostique, notamment chez les jeunes enfants incapables de verbaliser précisément leurs symptômes. Le risque de perforation appendiculaire augmente significativement avec le retard diagnostic, atteignant jusqu’à 30% chez les moins de 5 ans contre 10-15% chez les adolescents. Contrairement aux idées reçues, l’appendicite ne se limite pas à une simple douleur abdominale droite : sa présentation clinique varie considérablement selon l’âge, la position anatomique de l’appendice et le stade évolutif de l’inflammation. Comprendre la séquence caractéristique des symptômes permet aux parents et professionnels de santé d’identifier précocement cette pathologie urgente.## Physiopathologie de l’appendicite aiguë chez l’enfant et l’adolescentL’appendicite débute généralement par une obstruction de la lumière appendiculaire, structure tubulaire mesurant 6 à 10 centimètres chez l’enfant. Cette obstruction peut résulter de plusieurs mécanismes : accumulation de matières fécales durcies appelées fécalomes ou stercolithes, hyperplasie du tissu lymphoïde secondaire à une infection virale ou bactérienne, ou plus rarement ingestion de corps étrangers comme des noyaux de fruits. Une fois obstrué, l’appendice continue à sécréter du mucus, créant une augmentation progressive de la pression intraluminale. Cette hyperpression compromet initialement la circulation veineuse, puis artérielle, entraînant une ischémie tissulaire progressive.
La prolifération bactérienne se développe rapidement dans cet environnement anaérobie, principalement des bactéries intestinales comme Escherichia coli et Bacteroides fragilis. L’inflammation transmurale qui en résulte progresse de la muqueuse vers la séreuse en 24 à 48 heures en moyenne. Ce processus inflammatoire explique la migration caractéristique de la douleur : initialement viscérale et péri-ombilicale lorsque seule la muqueuse est atteinte, puis pariétale et localisée en fosse iliaque droite lorsque l’inflammation atteint le péritoine pariétal richement innervé.
Chez l’enfant, la paroi appendiculaire est plus fine et le grand épiploon moins développé que chez l’adulte, expliquant un risque accru de perforation précoce. Statistiquement, 30 à 40% des enfants de moins de 5 ans présentent déjà une perforation au moment du diagnostic, contre seulement 10% chez les adolescents. Cette vulnérabilité pédiatrique impose une vigilance diagnostique particulière et justifie l’attitude interventionnelle rapide adoptée en urgence pédiatrique.
## Douleur abdominale et signe de McBurney : premiers indicateurs cliniquesLa douleur abdominale constitue le symptôme cardinal de l’appendicite pédiatrique, présente dans 95 à 100% des cas selon les séries publiées. Cependant, sa localisation initiale et son évolution temporelle revêtent une importance diagnostique cruciale. Reconnaître cette séquence douloureuse permet de différencier l’appendicite
d’une simple « gastro » ou d’autres causes fréquentes de douleurs abdominales chez l’enfant. La notion de douleur qui change de place, débutant autour du nombril puis se fixant progressivement en bas et à droite du ventre, est particulièrement évocatrice d’une appendicite aiguë.
Migration caractéristique de la douleur périombilicale vers la fosse iliaque droite
Dans l’appendicite typique, la douleur débute de façon diffuse ou autour de l’ombilic (douleur dite viscérale), souvent décrite comme un « mal au ventre » mal localisé. En l’espace de 6 à 24 heures, elle se déplace progressivement pour se fixer en fosse iliaque droite, c’est-à-dire dans le quadrant inférieur droit de l’abdomen. Ce phénomène de migration est lié à l’extension de l’inflammation de la muqueuse appendiculaire vers le péritoine pariétal, riche en terminaisons nerveuses sensitives.
Chez l’adolescent, cette séquence est parfois très parlante : l’enfant rapporte avoir eu « mal au ventre partout » la veille, puis un point très localisé le lendemain. Chez le jeune enfant en revanche, la description est plus floue : il peut simplement refuser que l’on touche son ventre ou adopter une démarche penchée en avant pour limiter les douleurs. Cette migration de la douleur reste néanmoins un élément majeur des scores diagnostiques comme le score d’Alvarado ou le Pediatric Appendicitis Score (PAS).
À l’inverse, une douleur qui reste strictement périombilicale, sans se localiser en fosse iliaque droite après plusieurs heures, oriente davantage vers d’autres causes de douleurs abdominales aiguës chez l’enfant, comme une gastro-entérite ou une adénolymphite mésentérique. Lorsque vous observez une douleur qui « descend » clairement vers le bas-ventre droit, surtout si elle s’intensifie au mouvement, il faut consulter rapidement.
Signe de blumberg et défense abdominale au point de McBurney
Le point de McBurney correspond à une zone située sur une ligne imaginaire reliant l’ombilic à l’épine iliaque antéro-supérieure droite, à peu près aux deux tiers de la distance en partant du nombril. C’est là que la sensibilité est en général maximale dans l’appendicite classique. Lors de l’examen clinique, le médecin recherche une douleur provoquée à la palpation de ce point, signe précoce d’irritation du péritoine local.
Le signe de Blumberg, ou douleur à la décompression, est un autre élément caractéristique. Le praticien appuie doucement mais profondément sur le ventre puis relâche brusquement : dans l’appendicite, c’est le moment du relâchement qui est le plus douloureux. Ce signe traduit une irritation péritonéale et se retrouve surtout lorsque l’appendicite est déjà bien installée, voire compliquée. On parle parfois de « défense abdominale » lorsque l’enfant contracte involontairement ses muscles pour protéger la zone douloureuse, rendant l’examen difficile.
Chez l’enfant anxieux, la contracture abdominale peut être davantage liée à la peur qu’à la douleur, ce qui complique l’interprétation. C’est pourquoi l’examen pédiatrique se fait souvent en plusieurs temps, parfois sur les genoux du parent, et en gagnant progressivement la confiance de l’enfant. Une réelle défense localisée en fosse iliaque droite reste néanmoins un argument très fort en faveur d’une appendicite aiguë.
Signe du psoas et signe de l’obturateur dans l’appendicite rétrocæcale
L’appendice ne se situe pas toujours exactement à l’endroit « classique ». Lorsqu’il est positionné derrière le cæcum (appendicite rétrocæcale) ou dans une localisation haute, la douleur peut être moins nette en fosse iliaque droite et se manifester plutôt dans le flanc droit ou la région lombaire. Dans ces formes atypiques, certains signes cliniques spécifiques peuvent aider le médecin à orienter le diagnostic.
Le signe du psoas est recherché en demandant à l’enfant de fléchir la hanche droite contre résistance ou en étendant passivement la hanche alors qu’il est en décubitus latéral gauche. L’apparition d’une douleur dans la fosse iliaque droite ou le flanc droit suggère une irritation du muscle psoas par un appendice inflammé situé en arrière du cæcum. De même, le signe de l’obturateur est recherché par la flexion de la hanche et du genou droits, suivie d’une rotation interne de la hanche ; une douleur pelvienne ou bas-fessière évoque alors une irritation du muscle obturateur par un appendice pelvien.
Ces signes ne sont pas systématiquement présents et peuvent être difficiles à obtenir chez le jeune enfant, mais ils participent au faisceau d’arguments lorsque la présentation clinique est atypique. Ils expliquent aussi pourquoi certaines appendicites sont d’abord prises pour des lombalgies aiguës, des douleurs de hanche ou même des infections urinaires.
Différenciation avec la gastro-entérite et l’adénolymphite mésentérique
Gastro-entérite virale, adénolymphite mésentérique, constipation aiguë… Les diagnostics différentiels de l’appendicite chez l’enfant sont nombreux, et il n’est pas toujours simple pour un parent de s’y retrouver. Comment distinguer une « crise d’appendicite » d’une simple infection digestive qui se résoudra en 24 à 48 heures ? L’ordre d’apparition des symptômes est un élément clé.
Dans la gastro-entérite, les vomissements et la diarrhée précèdent généralement les douleurs abdominales ou les accompagnent dès le début. La fièvre peut être plus élevée, mais les douleurs restent diffuses, souvent soulagées par l’émission de selles ou de gaz. À l’inverse, dans l’appendicite aiguë, la douleur abdominale est presque toujours le premier symptôme, suivie secondairement par les nausées et vomissements. La diarrhée est rare, et lorsqu’elle est présente, elle est modérée.
L’adénolymphite mésentérique, fréquente chez l’enfant, correspond à une inflammation des ganglions lymphatiques du mésentère, le tissu qui suspend l’intestin. Elle survient souvent après une infection virale ORL ou digestive et se manifeste par des douleurs du quadrant inférieur droit mimant une appendicite. L’échographie abdominale permet en général de faire la différence, en montrant des ganglions augmentés de taille et un appendice normal. Dans le doute, une observation hospitalière avec réévaluation clinique répétée reste la meilleure stratégie pour ne pas méconnaître une appendicite évolutive.
Manifestations digestives spécifiques : anorexie, nausées et vomissements
Au-delà de la douleur abdominale, l’appendicite chez l’enfant s’accompagne presque toujours de symptômes digestifs associés. Vous remarquez que votre enfant « n’a plus faim », qu’il refuse ses aliments préférés, qu’il se plaint de nausées ou vomit ? Ces signes, pris isolément, sont banals. Mais lorsqu’ils surviennent dans un contexte de douleur abdominale localisée, ils deviennent de précieux indicateurs d’appendicite aiguë.
Séquence temporelle des symptômes : douleur précédant les troubles digestifs
Dans l’appendicite pédiatrique, la séquence classique des symptômes est la suivante : d’abord la douleur, ensuite la perte d’appétit, puis les nausées et vomissements, et enfin une fièvre modérée. Cette chronologie est si caractéristique qu’elle a été intégrée dans les principaux scores diagnostiques (Alvarado, PAS). L’inverse, à savoir des vomissements survenant avant la douleur abdominale, est beaucoup plus évocateur de gastro-entérite virale.
Cette progression reflète la physiopathologie sous-jacente : la douleur initiale correspond à l’ischémie et à l’inflammation de la paroi appendiculaire, alors que les nausées et vomissements surviennent secondairement, en réaction à la souffrance digestive globale et à l’irritation péritonéale. Lorsque l’enfant commence à vomir de façon répétée plusieurs heures après le début des douleurs, sans répit et sans amélioration après l’émission de selles, l’appendicite doit être redoutée.
Il est important de noter que certains enfants, notamment les plus jeunes, peuvent présenter peu ou pas de vomissements, ce qui ne doit pas rassurer à tort. À l’inverse, des vomissements très précoces, associés à une douleur intense et des ballonnements, peuvent aussi évoquer d’autres urgences chirurgicales, comme une invagination intestinale aiguë ou une occlusion.
Anorexie sélective et refus alimentaire chez le jeune enfant
L’anorexie, c’est-à-dire la perte d’appétit, est présente dans plus de 80 % des appendicites aiguës. Chez l’adolescent, elle est facilement repérable : l’enfant saute un repas, refuse un plat habituellement apprécié ou exprime clairement un « dégoût » pour la nourriture. Chez le jeune enfant, en revanche, les signes sont plus subtils : biberon à moitié terminé, grignotage très limité, refus de mastiquer ou tendance à garder les aliments longtemps en bouche.
Un élément particulièrement évocateur est le refus alimentaire sélectif : l’enfant boit encore un peu mais refuse catégoriquement de manger des solides, surtout si la position assise augmente les douleurs. Certains parents rapportent que leur enfant « ne veut plus marcher » ou se recroqueville pour limiter la tension sur l’abdomen, ce qui aggrave indirectement l’anorexie. Cette modification nette par rapport à l’appétit habituel doit alerter, surtout si elle s’accompagne d’une pâleur, d’une fatigue inhabituelle ou d’une irritabilité marquée.
Dans la pratique, tout refus alimentaire persistant sur plus de 12 à 24 heures, associé à une douleur localisée en fosse iliaque droite, justifie une consultation médicale sans délai. Mieux vaut une fausse alerte qu’une appendicite perforée diagnostiquée trop tard.
Distinction entre appendicite et invagination intestinale aiguë
L’invagination intestinale aiguë est une autre urgence abdominale fréquente chez le nourrisson et le jeune enfant, pouvant se confondre avec une appendicite débutante. Dans cette pathologie, un segment d’intestin « s’emboîte » dans le segment voisin, comme un télescope, entraînant une obstruction et une souffrance vasculaire. La douleur survient par crises, laissant parfois des intervalles de répit où l’enfant semble aller mieux, ce qui peut être trompeur.
Sur le plan clinique, l’invagination se manifeste par des douleurs abdominales paroxystiques, faisant crier l’enfant, qui se replie sur lui-même, suivies de phases d’accalmie. Les vomissements sont fréquents, et des selles « gelée de groseille » (mélange de mucus et de sang) peuvent apparaître à un stade plus avancé. Contrairement à l’appendicite, la douleur n’est pas toujours strictement localisée en fosse iliaque droite et la fièvre est souvent absente au début.
L’échographie abdominale permet de distinguer ces deux urgences : elle montre un aspect caractéristique en « cocarde » pour l’invagination, différent du signe de la « cocarde appendiculaire » observé dans l’appendicite. Dans le doute, tout tableau de douleurs abdominales intenses, avec vomissements et altération de l’état général, impose un passage en urgence pour une évaluation spécialisée, car le traitement et le pronostic diffèrent considérablement.
Hyperthermie et syndrome infectieux dans l’appendicite pédiatrique
La fièvre est un élément fréquent mais non constant de l’appendicite chez l’enfant. Dans les formes simples, la température se situe souvent entre 37,7 °C et 38,5 °C. Cette hyperthermie modérée, associée à une douleur localisée et à une altération de l’état général, renforce l’hypothèse d’un processus infectieux intra-abdominal plutôt que d’une simple douleur fonctionnelle.
Une fièvre très élevée (au-delà de 39 °C), surtout lorsqu’elle s’accompagne de frissons, de sueurs profuses et d’une tachycardie marquée, évoque davantage une appendicite compliquée, notamment une perforation ou une péritonite généralisée. Dans ces situations, l’enfant peut présenter une pâleur, des lèvres sèches, un temps de recoloration cutanée allongé et une somnolence ou agitation inquiétantes, signes possibles de début de choc septique.
Il est utile de rappeler que l’absence de fièvre n’exclut pas l’appendicite, en particulier aux tout premiers stades ou chez les enfants immunodéprimés. Le médecin s’appuie alors davantage sur l’examen clinique, la biologie et l’imagerie pour poser le diagnostic. En pratique, toute fièvre associée à une douleur du quadrant inférieur droit qui persiste au-delà de quelques heures doit faire envisager une consultation en urgence.
Scores diagnostiques validés : score d’alvarado et score PAS chez l’enfant
Pour aider à structurer l’évaluation clinique et limiter les erreurs diagnostiques, plusieurs scores ont été développés et validés chez l’enfant. Les plus utilisés sont le score d’Alvarado (initialement conçu pour l’adulte mais adapté en pédiatrie) et le Pediatric Appendicitis Score (PAS). Ils combinent symptômes, signes cliniques et résultats biologiques pour estimer la probabilité d’appendicite aiguë.
Application du score d’alvarado modifié en urgence pédiatrique
Le score d’Alvarado, souvent utilisé dans sa version modifiée sans la radiographie d’abdomen sans préparation, repose sur huit critères : douleur migratrice en fosse iliaque droite, anorexie, nausées/vomissements, sensibilité en fosse iliaque droite, signe de Blumberg, fièvre, hyperleucocytose et polynucléose neutrophile. Chaque élément est pondéré, pour un total de 10 points possibles. Chez l’enfant, un score élevé (≥ 7) rend l’appendicite très probable, tandis qu’un score faible (≤ 4) la rend peu probable.
En pratique d’urgence pédiatrique, ce score est utilisé comme un outil d’aide à la décision, mais ne remplace jamais le jugement clinique. Il permet de stratifier les patients en trois groupes : faible probabilité (surveillance et éventuellement retour à domicile avec consignes), probabilité intermédiaire (examens complémentaires, notamment échographie) et forte probabilité (avis chirurgical rapide voire appendicectomie). Chez le jeune enfant, certains items comme la description de la douleur migratrice ou l’anorexie sont plus difficiles à apprécier, ce qui peut diminuer la performance du score.
Malgré ces limites, l’utilisation systématique du score d’Alvarado modifié contribue à homogénéiser la prise en charge et à réduire le taux d’appendicectomies « blanches », c’est-à-dire réalisées sur un appendice finalement normal. C’est un outil particulièrement utile dans les services d’urgences très fréquentés, où il aide à repérer les enfants nécessitant une attention prioritaire.
Score PAS (pediatric appendicitis score) : sensibilité et spécificité
Le Pediatric Appendicitis Score (PAS) a été spécifiquement développé pour la population pédiatrique. Il inclut des éléments cliniques adaptés à l’enfant : douleur en fosse iliaque droite, toux ou saut douloureux, fièvre, anorexie, nausées/vomissements, sensibilité à la palpation, hyperleucocytose et polynucléose neutrophile. Chaque critère reçoit 1 ou 2 points, pour un total de 10. Plusieurs études ont montré qu’un PAS ≥ 7 est fortement évocateur d’appendicite, avec une sensibilité dépassant souvent 90 %.
Un PAS ≤ 2 rend l’appendicite très improbable et permet, dans certains contextes, d’envisager un retour à domicile avec surveillance rapprochée et consignes claires de réévaluation. Les scores intermédiaires (3 à 6) justifient des examens complémentaires, en particulier une échographie abdominale. Comme pour le score d’Alvarado, l’objectif n’est pas d’automatiser la décision, mais de structurer l’analyse des symptômes et signes cliniques.
Pour les parents, il peut être rassurant de savoir que ces outils existent et sont utilisés en urgence pour objectiver la situation. Ils ne sont cependant pas destinés à être appliqués à la maison : seule une évaluation médicale complète peut en tirer des conclusions fiables. L’important, de votre côté, est de décrire au mieux la chronologie et l’intensité des symptômes à l’équipe soignante.
Hyperleucocytose avec polynucléose neutrophile et CRP élevée
Les analyses de sang jouent un rôle clé dans l’évaluation d’une possible appendicite chez l’enfant. Dans la majorité des cas, on observe une hyperleucocytose (augmentation du nombre de globules blancs), souvent entre 10 000 et 18 000/mm³, avec une prédominance de polynucléaires neutrophiles. Cette « polynucléose neutrophile » reflète la réponse de l’organisme à une infection bactérienne intra-abdominale.
La protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l’inflammation, est également fréquemment élevée. Une CRP modérément augmentée, associée à une hyperleucocytose, renforce la suspicion d’appendicite, surtout si les symptômes durent depuis plus de 12 à 24 heures. En revanche, une CRP normale dans les toutes premières heures d’évolution ne permet pas d’exclure formellement le diagnostic, car ce marqueur met un certain temps à s’élever.
Il est important de rappeler qu’aucun paramètre biologique n’est spécifique à 100 %. Certaines appendicites débutantes peuvent se présenter avec une numération leucocytaire et une CRP encore normales, tandis que d’autres infections (comme une pneumonie ou une infection urinaire) peuvent aussi donner une hyperleucocytose. L’interprétation de ces résultats se fait donc toujours à la lumière de l’examen clinique et de l’imagerie.
Échographie abdominale : diamètre appendiculaire et signe de la cocarde
L’échographie abdominale est l’examen d’imagerie de première intention chez l’enfant suspect d’appendicite. Non irradiante, indolore et réalisable au lit du patient, elle permet dans la majorité des cas de visualiser l’appendice et d’apprécier son aspect. Un diamètre appendiculaire supérieur à 6 mm, non compressible à la pression de la sonde, avec épaississement pariétal, est fortement évocateur d’appendicite aiguë.
L’échographiste recherche également un « signe de la cocarde appendiculaire » en coupe transversale : une structure arrondie, en « cible », avec plusieurs anneaux concentriques correspondant aux différentes couches de la paroi inflammée. La présence de stercolithes (petits « cailloux » fécaux), de liquide péri-appendiculaire, d’un épaississement de la graisse avoisinante ou de collections liquidiennes renforce le diagnostic et permet de suspecter une complication.
Dans environ 10 à 20 % des cas, l’appendice n’est pas visible à l’échographie, en particulier chez l’enfant obèse ou lorsque l’appendice est très haut situé ou rétrocæcal. Dans ces situations, la décision repose sur l’association des données cliniques, biologiques et des autres signes échographiques (épanchement, épaississement du cæcum, adénopathies mésentériques). Si le doute persiste et que la probabilité d’appendicite reste élevée, un scanner (TDM) ou une IRM peuvent être envisagés, en tenant compte du rapport bénéfice/risque.
Complications péritonéales : appendicite perforée et abcès appendiculaire
Lorsque l’appendicite n’est pas diagnostiquée ou prise en charge à temps, l’inflammation progresse et la paroi appendiculaire finit par se nécroser, entraînant une perforation. Le contenu infecté de l’appendice se répand alors dans la cavité abdominale, provoquant une péritonite ou la formation d’un abcès. Chez l’enfant, en particulier en dessous de 5 ans, ces complications surviennent plus rapidement que chez l’adulte en raison de la finesse de la paroi appendiculaire et du moindre développement de l’épiploon.
Péritonite localisée versus péritonite généralisée chez l’enfant
On distingue classiquement la péritonite localisée, où l’infection reste cantonnée à la région de la fosse iliaque droite, de la péritonite généralisée, où le péritoine de l’ensemble de la cavité abdominale est touché. Dans la forme localisée, l’enfant présente une douleur très intense en bas et à droite, une défense marquée mais l’abdomen reste relativement souple à distance de la zone en cause. La fièvre est modérée à élevée et l’état général altéré, mais le choc septique n’est pas encore installé.
Dans la péritonite généralisée, en revanche, l’abdomen devient « en bois » : toute tentative de palpation est impossible tant la contracture musculaire est forte. La douleur est diffuse, constante, aggravée par le moindre mouvement ou la toux. L’enfant peut adopter une position antalgique, recroquevillé, et refuser de se lever. La fièvre est en général élevée, souvent supérieure à 39 °C, avec un état septique franc : tachycardie, respiration rapide, grande fatigue ou agitation. C’est une urgence vitale nécessitant une prise en charge chirurgicale et réanimatoire immédiate.
Dans les deux cas, la présence de vomissements bilieux, d’un ballonnement abdominal marqué et d’un arrêt des gaz et des selles sont des signes de gravité supplémentaires, pouvant traduire une occlusion intestinale associée. Plus le diagnostic est tardif, plus le risque de séquelles (adhérences, occlusions ultérieures) est important.
Plastron appendiculaire et masse palpable de la fosse iliaque droite
Parfois, au lieu de se diffuser largement, l’infection appendiculaire est « contenue » par les structures voisines (épiploon, anses intestinales, péritoine). Il se forme alors un plastron appendiculaire, sorte de masse inflammatoire indurée, douloureuse, palpable en fosse iliaque droite. On peut l’imaginer comme une « boule » protectrice que l’organisme fabrique autour de l’appendice perforé pour limiter la propagation du pus.
Cliniquement, l’enfant présente une douleur localisée, une fièvre modérée et une défense moins diffuse qu’en cas de péritonite généralisée. L’échographie ou le scanner mettent en évidence cette masse hétérogène, parfois associée à une petite collection abcédée. La conduite à tenir dépend de la taille de l’abcès et de l’état général de l’enfant : antibiothérapie intraveineuse seule, drainage radioguidé de la collection ou chirurgie différée peuvent être envisagés.
Dans ces formes « plastronnées », certains centres optent pour un traitement médicamenteux initial, suivi d’une appendicectomie à distance, une fois l’inflammation résolue, afin de réduire le risque opératoire immédiat. Cette stratégie illustre bien l’importance d’une approche individualisée, tenant compte à la fois de la gravité locale, de l’âge de l’enfant et de son terrain général.
Risque de choc septique et défaillance multi-viscérale
Lorsque l’infection péritonéale se propage au sang et que la réponse inflammatoire de l’organisme s’emballe, un choc septique peut survenir. C’est la complication la plus redoutable de l’appendicite perforée. L’enfant devient alors très pâle ou marbré, sa tension artérielle chute, son cœur s’accélère, sa respiration devient rapide et superficielle. Il peut être confus, somnolent ou au contraire agité, avec une diminution du débit urinaire.
Ce tableau, associé à une fièvre élevée ou parfois paradoxalement à une hypothermie, traduit un état de défaillance multi-viscérale potentiellement fatal sans prise en charge rapide. Le traitement nécessite une hospitalisation en réanimation pédiatrique, avec remplissage vasculaire, antibiothérapie à large spectre, soutien respiratoire et surveillance intensive. La chirurgie d’assainissement abdominal (lavage péritonéal et appendicectomie si ce n’est déjà fait) est réalisée dans les plus brefs délais, une fois l’enfant stabilisé autant que possible.
Heureusement, grâce à l’amélioration du diagnostic précoce, de l’imagerie et des techniques chirurgicales, le taux de mortalité de l’appendicite chez l’enfant reste aujourd’hui très faible dans les pays disposant d’un accès aux soins. Néanmoins, ces complications graves rappellent l’importance d’une consultation rapide dès l’apparition de signes évocateurs : douleur abdominale persistante, aggravation à la marche ou à la toux, fièvre modérée ou élevée, perte d’appétit, nausées ou vomissements. En cas de doute, mieux vaut toujours faire examiner votre enfant plutôt que d’attendre que « ça passe tout seul ».